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roscoff

Mon berceau, Rosko-Goz, village sur l'anse de l'Aber, port d'échouage à l'abri du Roc’h Kroum, souvent ravagé par les normands. Opiniâtres, mes habitants reconstruisaient chaque fois les foyers détruits et reprenaient leurs activités : pêche côtière et commerce maritime. Vers 1400, l'ensablement de mon port, ma destruction par le feu, due aux Anglais, incitèrent les Roscovites à s'installer dans l'anse du Quellen, plus propice à l'essor de mon commerce.
Avec mon nouveau port, je devins un centre important de transit et de relâche. Marchands et négociants se firent entrepositaires de sel pour les pêcheurs normands, exportateurs de toiles, importateurs de vins et d'eauxde-vie, commissionnaires en graines de lin... et amassèrent de considérables fortunes en peu d'années.
La reconstruction de ma cité allait bon train. De l'Ouest à l'est du port, le long de la grève, je n'étais qu'un immense chantier. Maisons en pierres de taille, en moellons, aux toits d'ardoises, aux gargouilles sculptées, aux lucarnes monu-mentales, aux entrées de cave à fleur de rue ; maisons du port aux murailles battues par les flots ; j'en comptais plus de 450 vers 1600, ainsi que deux rues, la rue des Perles (rue A.Rousseau aujourd'hui, qui, du manoir de la Porte-Noire rejoignait la grève, et la rue de la Rive, allant du quai au Théven.
Faubourg de Saint-Pol-de-Léon, je ne possédais pas d'église. Vers 1500, des marchands fortunés décidèrent d'en construire une, sur leurs propres deniers. Sur la dune voisine du lieu d'embarquement de l'île de Batz, ils ancrèrent un vaisseau de pierre, aux flancs ornés de navires, canons pointés vers Albion.
Deux cents ans après, j'étais doté d'un "havre" compris entre la grève et le quai, et d'un "port" constitué par la rade où mouillaient les navires de fort tonnage qui ne pouvaient sans risque s'approcher rivage. Mais les guerres, l'interdiction de négocier avec les belligérants, l'insécurité des routes maritimes, incitèrent mes armateurs à délaisser leur négoce pour la "guerre de course". Ils transformèrent leurs navires marchands en unités de combats et devinrent "corsaires" au service de l'état. Et de courir sus aux pirates, forbans, gens sans aveu, Anglais, Espagnols et Hollandais. Mais leur "course" n'en demeurait pas moins une opération commerciale où l'état, l'armateur, le capitaine et son équipage, devaient trouver leurs avantages. Souvent la tentation était forte de ne pas attendre le partage du butin, de s'approprier la "prise". Mes corsaires devenaient flibustiers !
A partir de 1750, mon port retrouva sa vitalité. Des chasse-marée, souvent armés pour se défendre contre la douane chargeaient d'énormes quantités de thé, d'esprit-de-vin et autres boissons, pour les introduire en fraude en Angleterre, où les droits d'entrée étaient très élevés. J'étais devenu un port de contrebande.
En 1789, mes paysans représentaient la moitié de ma population. Une terre riche, fumée au goémon ; un climat favorable ; des champs enclos de talus de pierres, leur permettaient de produire des quantités incroyables de légumes, artichauts, asperges, choux-fleurs. Ils approvisionnaient les navires et les marchés des grandes villes entre Morlaix et Brest.
Le 30 janvier 1790, les Roscovites décidèrent de se détacher de Saint-Pol-de-Léon et élirent leur première municipalité. Avec les troubles économiques engendrés par la révolution, mon port connut une nouvelle décadence. Pendant le "Blocus Continental"; il retrouva une importante activité de contrebande vers l'Angleterre, puis s'assoupit de nouveau. Mes cultivateurs se firent alors marchands de légumes. Jusqu'à l'arrivée du chemin de fer, ils expédiaient leur récoltes dans la capitale, par la mer, via Morlaix et le Havre. En 1828, l'un d'eux affrêta une gabarre, la chargea d'oignons et, avec trois compagnons, mit le cap sur l'Angleterre. Renouant avec le colportage, il récidiva et fut bientôt suivi par d'autres. Pendant des dizaines d'années, les "Johnnies" allèrent frapper aux portes des demeures anglaises, les épaules lourdement chargées d'un bâton sur lequel étaient enfilés des chapelets d'oignons ficelés en bottes. Goélettes, Dundees, amarrés sur deux ou trois rangs, le long du vieux quai, redonnèrent vie à mon port.
En 1872, un éminent professeur de la Sorbonne, Lacaze-Duthiers, fonda la "Station Biologique" qui devint au fil du temps un centre d'enseignement et de recherche scientifique mondialement connu. Premier établissement de thalassothérapie, l'Institut Marin, crée en 1899 par le docteur Bagot, fut à l'origine de ma vocation médicale : Clinique Ker Léna, Centre Hélio Marin, suivirent.

 



 

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